Air Sénégal expose sa stratégie de relance devant la presse lors du « Ndogou de la presse 2026 » La compagnie nationale Air Sénégal SA a organisé, jeudi 12 mars au Noom Hôtel de Dakar, l’édition 2026 du « Ndogou de la presse ». Cette rencontre avec les journalistes a permis aux dirigeants de la compagnie de présenter la nouvelle stratégie de relance, de répondre aux préoccupations sur sa situation financière et d’exposer les perspectives de développement de la flotte et du hub aérien national.

Une rencontre placée sous le signe de la transparence

Dans une volonté de renforcer ses relations avec les médias et de promouvoir la transparence, Air Sénégal SA a convié les professionnels de l’information à l’édition 2026 du « Ndogou de la presse ».

Bien que le Directeur général, Tidiane Ndiaye, ait été absent, la rencontre a été présidée par le Directeur général adjoint, Farba Diouf, entouré de plusieurs responsables de la compagnie, notamment Hann Samba Sall, directeur de l’administration et des supports, Assane Samb, directeur commercial, Pierre Evra, chef du département cargo, et Aïssatou Diène, responsable marketing, ainsi que l’équipe du département marketing et communication.

Une situation héritée jugée difficile

Lors de sa présentation, Farba Diouf est revenu sur le contexte dans lequel l’actuel Directeur général, Tidiane Ndiaye, nommé en août 2024, a pris les rênes de la compagnie.

Selon lui, Air Sénégal faisait face à « une situation financière et opérationnelle fortement dégradée ». Les principaux indicateurs faisaient état d’une dette globale estimée à 118 milliards de FCFA, dont 52 milliards envers des partenaires privés et 66 milliards envers des structures publiques. À cela s’ajoutaient 139 milliards de FCFA de pertes cumulées sur les exercices 2022 et 2023 et une flotte opérationnelle réduite à 50 % de sa capacité initiale, faisant planer un risque réel de rupture d’exploitation.

L’appui de l’État et les mesures de redressement

Pour faire face à cette situation, l’État du Sénégal est intervenu à travers un Conseil interministériel consacré à la relance d’Air Sénégal SA, tenu le 3 avril 2025 sous la présidence du Premier ministre.

À l’issue de cette rencontre, plusieurs décisions ont été prises, notamment l’apurement des dettes d’exploitation, la mobilisation d’un fonds de roulement, la reconstitution des fonds propres et la création de filiales spécialisées, dont Air Sénégal Express. Ces orientations ont été réaffirmées lors du Conseil des ministres du 11 février 2026 avec une instruction de mise en œuvre dans un délai de 30 jours.

Des premiers résultats encourageants

Malgré un contexte d’exploitation contraint, la Direction générale affirme avoir engagé plusieurs mesures de rationalisation et d’optimisation. Selon Farba Diouf, ces actions ont permis d’obtenir des résultats significatifs.

Le déficit de la compagnie a ainsi été réduit de 24 % entre 2024 et 2025, tandis que les charges d’exploitation ont baissé de 11,5 %, générant une économie moyenne de 3,4 milliards de FCFA par mois.

Ces performances ont été réalisées dans un contexte marqué par une flotte fortement réduite et un recours important à des avions loués. Malgré ces contraintes, la compagnie continue à payer les salaires de ses employés sans solliciter l’appui financier de l’État.

Une dette encore importante mais en baisse

La situation financière de la compagnie a été au centre des préoccupations des journalistes. Monsieur Farba Diouf a indiqué que les efforts engagés ont permis de réduire certaines dettes.

La dette envers les partenaires privés est passée de 52 milliards à 37 milliards de FCFA. En revanche, celle envers les structures publiques est désormais estimée à 94 milliards de FCFA. Un mécanisme de compensation des dettes croisées entre entités publiques, en cours de formalisation, pourrait permettre d’effacer environ 71 milliards de FCFA.

Toutefois, plusieurs décisions structurantes restent en attente, notamment l’apurement total de la dette, la mobilisation du fonds de roulement et la reconstitution effective des fonds propres.

Une nouvelle stratégie pour la flotte

Dans le cadre de sa stratégie de redéploiement, Air Sénégal prévoit l’acquisition progressive de 15 avions de type Boeing à l’horizon 2035.

La première phase du plan prévoit, dès fin mars 2026, la mise en flotte de six Boeing 737 NG destinés au transport de passagers et d’un Boeing 737 cargo.

Cette stratégie vise à réduire progressivement le recours aux contrats de location, à mieux maîtriser les capacités opérationnelles et à diminuer durablement les coûts d’exploitation. L’objectif est de permettre à la compagnie de disposer, dès le second semestre 2026, d’une flotte propre et pleinement maîtrisée.

Le développement du hub aérien au cœur des enjeux

La question du hub aérien a également été abordée lors des échanges. Selon Hann Samba Sall Directeur de l’administration et des supports, le développement d’un hub performant autour de l’Aéroport international Blaise Diagne (AIBD) constitue un levier

majeur pour positionner le Sénégal comme plateforme aérienne régionale en Afrique de l’Ouest.

Il a toutefois souligné que l’alignement stratégique reste limité dans la configuration actuelle, où l’exploitant de l’aéroport et les services d’assistance au sol évoluent dans des cadres institutionnels distincts de celui de la compagnie nationale.

Des risques en cas de retard dans les décisions

Les responsables d’Air Sénégal ont également mis en garde contre les risques liés à l’absence de décisions rapides sur le soutien de l’État. Selon Monsieur Hann Samba Sall, cela pourrait entraîner une fragilisation de l’exploitation, un ralentissement de la sortie des contrats de location, une dégradation des relations avec certains partenaires et un affaiblissement du positionnement stratégique du Sénégal dans la compétition régionale entre hubs aériens.

Des perspectives pour l’économie nationale

Au-delà du redressement de la compagnie, les responsables d’Air Sénégal estiment que les enjeux concernent également le positionnement stratégique du Sénégal dans l’écosystème aérien régional et international.

La compagnie nationale ambitionne ainsi de jouer un rôle moteur dans le développement économique à travers la création d’emplois, l’impulsion du tourisme et le soutien aux métiers du secteur aérien.